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Ça m'agaaaaace !

Photo du rédacteur: Xavier Decup
Xavier Decup
28 oct.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

quand le stress vous envahit


Vous savez... ces personnes qui traversent la route en plein milieu de nulle part sans vous calculer, et qui vous font pester tout seul au volant !


Ou vos enfants qui laissent le bazar du p'tit dej, mode Tanguy, et en plus sans le "je t'aime papa !" pour faire passer la pilule de la taille d'une pastèque !


Ou ces amis ... vous êtes là pour leur déménagement au 25e étage sans ascenseur et ils ont piscine le jour où vous avez besoin d'eux !


Ou encore cette journée passée en réunion où vous avez fait flop sur flop avec vos blagues pour rendre le moment digeste, tout ça pour finir avec des actions dignes d'une usine à gaz !


Ou pire encore, 4 heures de réunion pour ... rien ! aucune action n'est décidée.

De quoi mettre le ciboulot en ébullition !


Ce genre de situation où la pensée positive, ou même Montessori, n'y peuvent plus rien, parce qu'à ce moment-là votre cerveau est passé en mode :


Personnage en colère qui explose

Et vous explosez !


Personne ne comprend d'où ça vient, et pourquoi autant de colère d'un coup face à une situation qui ne devrait pas vous faire disjoncter comme ça.


Tout le monde en prend pour son grade, même Montessori qui passait par là, et la contagion émotionnelle fait le reste du boulot en mettant tout l'entourage sous tension ! Chez vous le soir, une bonne soirée s'annonce 😅 surtout qu'après un peu de distance, vous auriez juste envie de trouver un trou et d'y mettre la tête pour vous cacher, honteux de votre attitude.


On connait tous ce genre de situation !

Sur le moment, on se dit qu'on a craqué. Comme si tout s'était joué en une seconde. En réalité, la scène avait commencé bien avant.


Rembobinons.



Le réservoir était vide


Nous avons tous des besoins psychologiques à nourrir chaque jour. Taibi Kahler en nomme 8 dans son modèle, le "Process Communication Model®", que ce soit le besoin de reconnaissance du travail ou de sa personne, le besoin de solitude ou le besoin d'excitation par ex.


Ils doivent être comblés dans une journée, et certains seront plus importants que d'autres selon votre personnalité. Quand ils restent sur leur faim, on cherche quand même à les remplir de manière inappropriée, car ils répondent à une forme d'attention ; et mieux vaut une attention négative que pas d'attention du tout !


Le cerveau prend ce manque très au sérieux. En 2003, une équipe de l'université de Californie a montré sous scanner que se sentir mis à l'écart socialement allume une zone du cerveau qui s'active aussi avec la douleur physique. Des semaines de pression rendent aussi notre détecteur d'alarme, l'amygdale, plus sensible. Devant une réaction disproportionnée, la bonne question porte donc sur ce qui se passe depuis des semaines.


Pendant ces semaines, on a peut-être encaissé sans rien dire !


Eric Berne, le psychiatre qui a fondé l'analyse transactionnelle, appelait ça « coller des timbres ». L'image vient des timbres que l'épicier donnait autrefois à chaque achat : on les collait dans un carnet, et le carnet plein s'échangeait contre un cadeau. Chaque remarque avalée, c'est un timbre de plus. Le moment où le carnet est plein, on se sent en droit de l'échanger contre une belle explosion. Ce soir-là par ex, on ne répond pas à la table du p'tit dej : on solde tout le carnet.


Donc ok, nos besoins psychologiques n'étaient pas nourris. Et ensuite que se passe-t-il ? Mais d'où ça vient ? Pourquoi on ne se rend pas compte ?



Le pilote automatique se met en route


Eh bien, encore un vestige sympa de l'enfance qui se réveille et des phrases qui tournent dans notre cerveau adulte à force de répétitions. "Allez une cuillère pour maman ! Fais plaisir à papa !" interprété par l'enfant par "si je lui fais plaisir, il/elle m'aimera encore plus". "Allez on se relève, tu ne vas pas pleurer pour une petite chute" interprété par "je dois être fort" etc ...

Et voilà ce qui tourne en fond : «Fais un effort» «Sois fort» «Fais plaisir» ou encore «Sois parfait».


Intégrée par répétition dans le cerveau, elle devient une règle conditionnée : moi, ou l'autre, avons de la valeur sous condition.

« Je suis OK si je fais plaisir » ou encore « Tu es OK si tu es fort »


C'est ce qu'on appelle un driver. Chaque type de personnalité a un driver différent selon son histoire.


À ce stade aucune émotion mais plutôt un ressenti. On remarque seulement une façon de parler, de se tenir, d'en faire un peu trop ; des comportements verbaux et non verbaux. Sous stress, même léger, le cortex préfrontal (notre raison entre autres, notre frein) décroche vite : la neuroscientifique Amy Arnsten l'a bien décrit. Et une étude allemande de 2009 a montré qu'après un stress, on agit par habitude plutôt que selon ce qu'on choisit vraiment.


Le pilote automatique a pris le volant, d'où le nom de Driver. On parle aussi de système 1 et 2 mis en avant par le psychologue et économiste Daniel Kahneman, prix Nobel d'économie.



Je voulais bien faire


Le plus troublant, c'est que ce pilote automatique part d'une bonne intention. Celui qui veut être parfait et sur-explique veut vous aider à y voir clair. Celle qui dit oui à tout en activant son "Fais plaisir" veut vous faire du bien. On se met, sans le savoir, dans la peau du sauveur, en tout cas au début.


Sauf que le résultat de l'intention n'arrive pas tout le temps. L'autre décroche à vos monologues détaillés, s'agace ; ne dit pas merci aux services rendus, ou se freeze quand vous lui donnez des conseils sur quoi faire. Alors on bascule : on attaque, ou on se sent victime. Je voulais bien faire, et je finis par hurler.


Dans notre histoire du p'tit dej, mon driver "Sois parfait" est une incitation au respect ; à développer de meilleures valeurs. C'est pour son bien quand je dis à mon fils : "tu crois pas que t'aurais pu ranger ce matin ? j'ai pas que ça à faire en rentrant, je fais déjà beaucoup !". En m'écoutant il deviendrait meilleur. Mais manifestement le message ne passe pas ; pourtant, moi, je ne sens pas d'agressivité dans mon message 😬.



Le corps s'emballe


Le pilote automatique déclenche l'alarme, qui déclenche à son tour l'adrénaline, puis le cortisol. L'amygdale devient plus réactive, le frein (préfrontal) lâche encore un peu, et chaque tour de boucle rajoute de l'alarme. C'est ce que décrivent les travaux de Benno Roozendaal et d'Erno Hermans : sous stress, l'alarme monte pendant que le contrôle baisse.


Ça sent le roussi !


Le corps n'est pas un simple témoin, il attise le feu : Sarah Garfinkel et Hugo Critchley ont montré que le cœur participe à la perception de la peur. Un cœur qui bat plus fort sous l'effet de l'adrénaline entre autres, suffit à rendre une émotion plus intense.


En 2004, deux chercheuses californiennes ont passé en revue 208 études sur le stress. Le stress le plus fort, et le plus long à retomber, vient des situations où l'on risque d'être jugé par les autres sans avoir de prise sur ce qui se passe. Or le driver « je suis OK si… » porte exactement cette peur : celle d'être jugé pas OK.


Lorsque mon fils me répond : "oh tranquille ! c'est bon ! je vais le faire" d'un ton nonchalant, c'est une menace claire pour mon cerveau qui se dit : "mais comment ça ! il ne voit même pas que grâce à moi et mes conseils, il aura des principes et sera meilleur ; et en plus il n'a pas l'air de respecter mon avis" qui bien sûr à ce stade est LE MEILLEUR avis. Dans cette situation, selon votre driver, vous attaquerez ou vous vous effacerez, en rentrant dans un des rôles du triangle de Karpman (mais c'est encore un autre sujet).


L'intensité monte par paliers. Les joues qui chauffent, la voix qui grimpe, les structures de phrases qui changent ; ou encore on lance les « toujours » et les « jamais » comme le fameux : "c'est toujours comme ça avec toi !" ou "on peut jamais parler avec toi !".

La bonne nouvelle : ces signaux arrivent avant que notre bonhomme tout rouge sorte les flammes de sa tête ; on peut apprendre à les reconnaitre.



En face, l'autre s'allume aussi


Ce qui est ennuyeux, c'est que le stress est généreux et se transmet.


En 2014, une équipe de l'Institut Max Planck de Leipzig l'a mesuré : chez quelqu'un qui regarde une autre personne stresser, le cortisol monte dans 40 % des cas quand c'est son partenaire, contre 10 % pour un inconnu. Plus on est proche, plus on attrape, et ça on connait tous ! Et ce ne sont pas les meilleures émotions qui circulent : Christophe Haag, chercheur qui étudie la contagion émotionnelle, l'a montré : les émotions désagréables sont plus contagieuses que les agréables. En clair, Colère de Vice-Versa appelle ses copains en face de lui !


Et quand deux pilotes automatiques se retrouvent face à face, c'est le drame ! Plus personne ne pense clairement, la raison ayant été mise de côté à ce moment-là par le pilote automatique. Le driver de l'un réveille le stress de l'autre, qui répond avec son driver. Et la mauvaise communication nourrit le stress, qui abîme encore la communication.

Le cercle vicieux s'emballe !


Et la table du petit déjeuner se transforme en affaire d'État où chacun s'envoie des vieilles rancunes et des vieux dossiers, jusqu'au moment où personne ne sait même plus pourquoi on en est à ce stade.


Bref, de "Salut papa, bonne journée ?", on finit par une soirée de 💩 !



Le voir venir, OUF !!!


Mettre un mot sur ce qu'on ressent calme l'amygdale : Matthew Lieberman et son équipe l'ont vu au scanner en 2007. C'est la clé de tout le reste ; mais sans connaissance, on ne peut ni nommer, ni travailler dessus. C'est l'un des principes de l'intelligence émotionnelle dont la première étape est l'identification de l'émotion.


Alors oui, "ce n'est pas moi, c'est mon cerveau".

Une réaction comme celle-ci passe d'abord par l'inconscient et le préconscient, avant d'être perçue consciemment, parfois trop tard.


Deuxième bonne nouvelle : tout comme on se forme à une compétence professionnelle, on peut apprendre à comprendre et dompter nos schémas intérieurs.


Revenez à la scène du début. Ce qui a explosé à un moment, cette goutte d'eau qui a fait lâcher le barrage, suivait une séquence : un manque, une vieille règle, une bonne intention, un rôle, un corps qui s'emballe ; et quelqu'un en face.


Cette séquence est observable, prévisible, et elle se déroule toujours dans le même ordre. C'est ce que décode PCM, le Process Communication Model®, à partir de quelques mots, d'un ton, d'un geste.


Alors même si le naturel revient parfois au galop, en tant que formateur PCM, j'arrive, beaucoup plus souvent maintenant 😅 à empêcher que Colère de Vice-Versa s'emballe tout seul. Que vous soyez plutôt du genre à exploser ou à tout garder pour vous, la bonne nouvelle est la même : repérer le stress quand il monte, c'est se donner une chance de dire les choses simplement, ni trop fort, ni trop tard.


Et vous, quel est le premier signal qui vous dit que ça commence à chauffer, ou au contraire que vous vous paralysez ? Dites-le moi en commentaire.


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